Réalisateur majeur du cinéma américain contemporain, Gus Van Sant a construit une filmographie marquée par une tension singulière dialoguant pleinement avec l’esprit du polar. Pour ouvrir sa sixième édition, Reims Polar a l’immense honneur d’accueillir le cinéaste pour lui rendre hommage et présenter La Corde au cou, son nouveau long métrage inspiré de l’histoire vraie d’une prise d’otage dans les années 70.
Né à Louisville, dans le Kentucky, Gus Van Sant obtient une licence à la Rhode Island School of Design. Il travaille ensuite durant deux ans dans une agence de publicité de New York avant de s’installer à Portland, dans l’Oregon où il se consacre à la production et à la réalisation, mais également à la peinture, la photographie et l’écriture.
Son premier long métrage, Mala Noche, est salué par la critique dès sa sortie en 1986, notamment par la Los Angeles Film Critics Association qui lui décerne le Prix du meilleur film indépendant. Gus Van Sant réalise trois ans plus tard Drugstore Cowboy avec Matt Dillon et Kelly Lynch, qui remporte quatre Independent Spirit Awards, puis My Own Private Idaho (1991) avec River Phoenix et Keanu Reeves, lauréat de trois Independent Spirit Awards, Even Cowgirls Get the Blues (1993) avec Uma Thurman et Prête à tout (1995), présenté aux Festivals de Cannes et de Toronto, et qui vaut le Golden Globe de la meilleure actrice à son interprète principale, Nicole Kidman. Son film suivant, Will Hunting, lui permet d’être nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur en 1998. Nommé dans huit autres catégories dont celle du meilleur film, Will Hunting repart avec les statuettes du meilleur scénario original pour Ben Affleck et Matt Damon, et du meilleur acteur dans un second rôle pour Robin Williams. Le cinéaste enchaîne avec Psycho, un remake controversé de Psychose d’Alfred Hitchcock, qu’il reproduit plan par plan à l’identique – une première dans l’histoire du cinéma. Il dirige ensuite Sean Connery dans le drame littéraire À la rencontre de Forrester, avant de revenir au cinéma indépendant avec le magnifique Gerry, dont il cosigne le scénario avec ses deux interprètes principaux, Matt Damon et Casey Affleck. Cette expérience l’inspire pour écrire et réaliser Elephant. Inspiré par la fusillade de Columbine, le film remporte la Palme d’or et le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2003. Deux ans plus tard, Gus Van Sant est de retour sur la Croisette avec Last Days, porté par Michael Pitt et Lukas Haas, qui reçoit le Prix Vulcain saluant le travail sur le son de Leslie Shatz. Le réalisateur choisit des acteurs débutants pour Paranoid Park, adapté du roman éponyme de Blake Nelson, qui reçoit le Prix du 60e anniversaire lors du Festival de Cannes 2007. Deux ans plus tard, il est nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur pour Harvey Milk, l’histoire du premier homme politique ouvertement homosexuel à occuper une fonction publique majeure en Amérique. Le film reçoit huit nominations dont l’Oscar du meilleur film et remporte les Oscars du meilleur acteur, décerné à Sean Penn, et du meilleur scénario original pour Dustin Lance Black. Gus Van Sant produit et réalise ensuite Restless, une histoire d’amour interprétée par Mia Wasikowska et Henry Hopper, présenté au Festival de Cannes 2011. L’année suivante, il réalise et assure la production exécutive de Promised Land, un drame interprété par Matt Damon, Frances McDormand et John Krasinski. Plus récemment, il dirige Matthew McConaughey, Naomi Watts et Ken Watanabe dans Nos souvenirs, présenté en compétition au Festival de Cannes 2015, puis Joaquin Phoenix dans Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, présenté en compétition au Festival de Berlin 2018.
Tout au long de ses quarante ans de carrière, Gus Van Sant n’a jamais cessé de faire des courts métrages. Il adapte notamment une nouvelle de William S. Burroughs, « The Discipline of D.E. ». En 1996, il filme Allen Ginsberg en train de lire son propre poème, « Ballad of the Skeletons » sur une musique de Paul McCartney et Philip Glass. Citons également Five Ways to Kill Yourself, Thanksgiving Prayer pour lequel il retrouve William S. Burroughs, Le Marais pour le film collectif Paris je t’aime, ou encore Mansion on the Hill, segment du film Collectif 8, réalisé dans le cadre d’une campagne de sensibilisation des Nations Unies aux 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement.